Galerie des chroniques miniuscules
L'ouvrage est épuisé. Il s'agissait en fait d'une galerie de personnages pris sur le vif et croqués en quelques traits. Les chroniques sont d''avantage un bouquet d'ambiances qu'un récit uniforme.Voici quelques morceaux choisis du bouquin.

extraits
Pasca

On aime d'abord les gens pour ce qu'on leur reproche ensuite? Pasca le constatait une fois de plus à la façon avec laquelle Mina le regardait préparer maladroitement sa salade de maïs. Une moue déçue, presque dégoûtée, forçait aux commissures de la jeune femme, un sourire qu'elle aurait voulu attendri. Pour elle-même. Sa mimique "ce n'était que çà" - qu'elle croyait à l'abri du dos de son mari - se convergeait dans le verre courbe du saladier, se distendait horriblement et composait une grimace boschienne qui noua l'estomac de Pasca. Plus que nécessaire, il tritura encore les grains jaunes que rehaussaient des dés de poivrons verts, afin de bien s'imprégner de cette faillite. De sa cuiller et de sa fourchette en bois, il frappait le reflet dans le verre, avec l'obstination incrédule d'un poisson rouge qui s'acharne sur les parois de son aquarium. Ensuite, posément, il cala les couverts de service dans les légumes, et se retourna, le petit plat glacé entre les deux mains crispées, lentement, pour qu'elle ait le temps de réajuster son visage. Lorsqu'il lui fit face, son sourire était redevenu tendre et elle lui dégagea les mains en posant sur ses lèvres froides, un petit baiser de Judas.

Jacque

Voici une bonne recette pour faire un bon Jacque. Mais un bon Jacque ! Pas un Jacque avec, par-ci, par-là, quelques piques ou autre chose. Un bon Jacque, avec des vrais morceaux entiers et des trucs ronds par-dessus! D'ailleurs, rien de pire qu'un Jacque avec des couleurs qui ne voudraient rien dire sur... sur on ne sait quoi, en plus. En plus... Non, un bon Jacque ! Donc, pour un Jacque de qualité, ce qu'il faut avant tout, c'est, non pas de l'aneth compliquée comme le laisse supposer quelque manuel, mais plutôt une sacrée section d'aléole. Entendons-nous bien, je dis : aléole. Pas alvéole, pas rubéole, pas chignole. Non ! Aléole ! Si au départ, on a déjà pas çà, c'est même pas la peine d'espérer faire un bon Jacque ! Même pas la peine.

Eloïse

C'était une petite bourgeoise provinciale, suspendue sur un large plateau déclinant et entourée d'une série de quatre petits lacs aux allures de princes royaux anémiques; leurs chevelures de brouillard ondulant la plongeaient, la petite ville, la moitié du temps, la petite ville, dans des torpeurs de Toussaint et tous ses habitants, à la petite ville, comme embarrassés d'une longue pelle mal emmanchée, en claudiquaient sur le mauvais pavé éternellement emprunté par un chapelet de flaques régicides. Rares étaient les printemps qui n'arboraient pas des contenances d'automne et c'est par un de ceux-là que naîtrait Eloïse.

- C'est beau Eloïse.

Oui, c'est beau. Répondit sans réfléchir le père. Non que la question le désintéressa mais si sa femme y avait déjà pensé, c'est qu'elle avait trouvé la meilleure solution à un problème qui, d'ailleurs, n'en était pas un. Et maintenant, je peux? La femme tourna le visage dans sa direction, pencha la tête en même temps qu'elle lui offrit un sourire attendri.

- Oui, tu peux.

Lentement, il se leva de sa chaise et la mamy dans l'âtre se dit que, pour un homme qui s'apprêtait à aller gueuler dans toutes les tavernes alentour qu'il allait être père, il faisait bien des efforts pour se contenir. Il prit les deux joues de sa femme à pleines mains, lui posa un baiser sur le front, puis sur les lèvres. Le père, le fils. Puis il se recula d'un tiers de pas, la regarda dans les yeux qu'il grilla d'amour et, tendant le bras, lui palucha les cheveux. Le saint esprit. D'un beau geste furtif de fileuse, elle remit en place ses quelques mèches folâtres et , lui, alla enfiler sa gabardine qui pendouillait, lourde et huilée, au clou fiché dans la pierre du solide mur qui les protégeait du nord et sortit avec la désinvolture du bon mari qui va chercher une manne de bûche pour la veillée. Pour la forme, elle lui dit de:

- Ne rentre pas trop tard.

Et le pépé, hilare dans ses bretelles, se mit à jacasser : potron-minet, potron-jaquet, potron-minet, potron-jaquet. On avait du mal à s'imaginer que cet olibrius eût été un jour professeur d'université à Pêêris.


Mac et Violaine

Maintenant qu'il savait qu'il n'y avait aucune raison d'avoir peur, Mac se plaisait à pouvoir rester le plus longtemps possible dans Violaine, après l'amour. Depuis son accident, il ne bougeait plus ; c'était comme si il avait perdu l'interrupteur qui commandait à son corps, le mouvement. Les médecins avaient rapidement conclu à la tétraplégie mais lui, en son for intérieur, restait persuadé que ce n'était qu'une histoire d'interrupteur. A retrouver. Cette certitude l'empêchait de s'angoisser ; depuis deux ans qu'on l'avait ramené de l'hôpital, son corps restait obstinément alité, enfermé dans un silence presque total; quelques borborygmes de la sonde et des gargouillis rares dans ses tuyauteries à peine sollicitées. La seule personne avec qui il pouvait communiquer était sa femme, Violaine ; de sa part à lui, nul geste, nul mot, le regard juste vivace: pour seule communication, ils avaient ses cheveux qui poussaient doucement, les menaces d'escarres sur sa peau, et sa jouissance.

Après, donc, elle restait longtemps couchée sur son mari. Elle lui susurrait des petits mots à l'oreille, parfois gentils, parfois vulgaires, en lui remettant en place, affectueusement, quelques mèches qui s'étaient collées sur son front que quelques microscopiques perles d'une sueur sans presque pas de sel, avaient fait reluire. Puis peu à peu, le sexe de Mac dégonflait et la semence se mettait à couler sur son ventre. Alors in fine, elle se dégageait lentement, glissait le long de son corps amaigri et prenait en bouche le sexe de son mari pour le nettoyer.

 


Du pili-pili...


"Du pili-pili dans les mandibules" est sans doute un des bestiaires les plus branques que vous n'avez jamais lus. Pareil, rupture de stock. Tomes 1 et 2. J'ai prévu une petite page pour consulter un ou l'autre descriptifs des monstres cités.

> Du pili-pili ...


Roger Vatican


"L'entretien coton " est un projet non-abouti du célèbre journaliste d'investigation Roger Vatican. Il s'agit d'une somme de travail ethno-cytho-anthropologique dont l'objectif était d'interroger des tenseurs ou des artistes vivant injustement dans l'obscurité du frigo et qu'on ne met en lumière que pour des raisons strictement alimentaires.

> l'entretien coton




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